philosophie: Douter, est-ce renoncer Ă  la vĂ©ritĂ© ? Dans l'usage courant le mot douter se rapporte Ă  une interrogation, un manque de certitude ou une mĂ©fiance quant Ă  la sincĂ©ritĂ© de quelque chose ou quelqu'un. Le doute revient Ă  admettre qu'on ne sait pas.Le verbe renoncer se rattache Ă  un abandon et un dĂ©sistement. Douter est-ce renoncer Ă  la vĂ©ritĂ© ? La raison humaine est-elle, par nature, conduite Ă  supposer dans le monde plus d'ordre qu'elle n'en trouve ? Est-on maĂźtre de ses dĂ©sirs ? Le langage sert-il Ă  exprimer la rĂ©alitĂ© ? Pourquoi ? L'historien est-il homme de science ? Les mots cachent-ils les choses ? Y a-t-il des vĂ©ritĂ©s dont il n'est pas permis de douter ? Peut-on ne pas savoir ce HgRenoncer c’est abandon l’on s’était fixĂ© e qu’il doit permettre endogĂšne le but que Si rond suit le sujet initial, cela signifiera que le simple fait de douter implique de refuser, d’abandonner toute vĂ©ritĂ© et en consĂ©quence le doute constituerai la fin, l’impossibilitĂ© de vouloir connaĂźtre (en effet une connaissance ne peut ĂȘtre qualifiĂ©e de connaissance Ă  partir du Vay Tiền Nhanh. ProblĂ©matique Qu’est-ce que la vĂ©ritĂ© et comment y accĂ©der ? Objectif L’élĂšve doit ĂȘtre capable d’établir que la vĂ©ritĂ© est construite non Ă©tablie une fois pour toute. I- LES TYPES DE VÉRITÉ Par dĂ©finition, la vĂ©ritĂ© est une connaissance authentique, fondĂ©e sur la concordance de la pensĂ©e avec la rĂ©alitĂ©, c’est-Ă -dire la conformitĂ© de ce qu’on dit avec ce qui est. Il existe plusieurs critĂšres selon lesquels on peut qualifier de vraies des propositions la cohĂ©rence et la correspondance. Ces critĂšres nous permettent de faire la typologie de la vĂ©ritĂ©. En philosophie on distingue traditionnellement deux types de vĂ©ritĂ© la vĂ©ritĂ© formelle et la vĂ©ritĂ© matĂ©rielle. 1-la vĂ©ritĂ© formelle La vĂ©ritĂ© formelle est l’accord de la pensĂ©e avec elle-mĂȘme. Ce type de vĂ©ritĂ© on la retrouve en mathĂ©matique et en logique notamment oĂč le terme vĂ©ritĂ© se rapporte Ă  la cohĂ©rence des propositions entre elles et avec les prĂ©misses et les axiomes posĂ©s prĂ©alablement. En mathĂ©matique par exemple, une proposition est vraie si elle est en cohĂ©rence interne avec les autres propositions du systĂšme dans lequel elle est formulĂ©e ; elle doit donc ĂȘtre dĂ©duite logiquement Ă  partir des prĂ©misses posĂ©es arbitrairement par les axiomes. 2-La vĂ©ritĂ© matĂ©rielle En revanche, dans les sciences expĂ©rimentales, une proposition est vraie quand elle permet de rendre compte des phĂ©nomĂšnes Ă©tudiĂ©s. La vĂ©ritĂ© matĂ©rielle qui est l’accord de la pensĂ©e avec l’objet s’applique principalement aux Ă©noncĂ©s vĂ©rifiĂ©s expĂ©rimentalement. D’une cohĂ©rence interne, exigĂ©e en mathĂ©matiques et en logique, l’on passe Ă  une correspondance externe, requise en physique par exemple ; plus exactement, la vĂ©ritĂ© expĂ©rimentale se dĂ©finit Ă  la fois par la correspondance de l’hypothĂšse avec les rĂ©sultats de l’expĂ©rience. En sciences expĂ©rimentales comme en mathĂ©matiques, pour des raisons diffĂ©rentes, la vĂ©ritĂ© d’une proposition est donc relative au systĂšme dans lequel elle s’inscrit. II- LA RELATIVITÉ DE LA VÉRITÉ 1- PluralitĂ© des champs d’investigation de la vĂ©ritĂ© Dire que la vĂ©ritĂ© est relative signifie qu’elle n’a rien d’absolue et peut varier d’un contexte Ă  un autre. D’oĂč le caractĂšre pluriel de la vĂ©ritĂ© qui se vĂ©rifie par une multiplicitĂ© de ses champs d’investigation Ă  savoir la science vĂ©ritĂ© scientifique, la religion vĂ©ritĂ© religieuse et la mĂ©taphysique vĂ©ritĂ© mĂ©taphysique. – La vĂ©ritĂ© religieuse Historiquement, les thĂšses du scepticisme intĂ©gral ont Ă©tĂ© largement exploitĂ©es sur le plan religieux. En effet, Ă©tant donnĂ© que nous sommes des ĂȘtres finis, parce qu’essentiellement vouĂ©s au pĂ©chĂ©, nous ne pouvons donc pas acquĂ©rir la vĂ©ritĂ© comme le prĂ©tendent les philosophes rationalistes. Si nos sens sont dĂ©fectueux et notre entendement raison limitĂ©, il est nĂ©cessaire que la foi prenne le pas sur ces deux facultĂ©s si nous voulons atteindre la vĂ©ritĂ©. C’est donc par la foi et non par la raison qu’on peut pĂ©nĂ©trer certains mystĂšres. La vĂ©ritĂ© religieuse proprement dite est acquise par rĂ©vĂ©lation. Les croyants n’ont point besoin d’observation heureux ceux qui croient sans avoir vu ». La raison dans cette perspective s’incline pour laisser la place Ă  la foi. Seulement, une attitude qui revendique pour elle-mĂȘme une vĂ©ritĂ© qu’elle est incapable de dĂ©montrer est propre au dogmatisme. Socrate rĂ©cuse le dogmatisme qu’il juge Ă  la fois prĂ©tentieux, car fondĂ© sur des convictions qui ne peuvent ĂȘtre Ă©tayĂ©es que partiellement, insensĂ©, car motivĂ© par la faiblesse intellectuelle et morale du sujet, et enfin dangereux, car les dogmatiques glissent facilement vers le fanatisme, donc vers l’acceptation, voire la recherche de la mort, non tant de soi que de l’autre. Je sais que je ne sais pas », telle est l’une des devises philosophiques de Socrate, qui illustre que la critique du dogmatisme, comme chez David Hume au xviiie siĂšcle, dĂ©bouche souvent sur le scepticisme, doctrine selon laquelle l’homme est incapable d’accĂ©der Ă  des connaissance sĂ»res, ou conduit au relativisme, doctrine pour laquelle il n’y a pas de vĂ©ritĂ©, tout se vaut, tout peut ĂȘtre affirmĂ© ». – VĂ©ritĂ© scientifique La vĂ©ritĂ© scientifique n’est pas absolue au sens oĂč elle serait indispensable, figĂ©e, donnĂ©e une fois pour toute. La vĂ©ritĂ© trouvĂ©e en science n’est qu’une Ă©tape dans les progrĂšs scientifiques, elle est relative et tout savant qui cherche Ă  imposer sa dĂ©couverte comme un dogme indispensable devient un obstacle, un ennemi de la science. La vĂ©ritĂ© en science n’est pas une vĂ©ritĂ© sacrĂ©e. Gaston Bachelard dans son Ɠuvre La formation de l’esprit scientifique soutient ce point de vue quant il Ă©crit En science, les vĂ©ritĂ©s d’aujourd’hui sont les erreurs de demain ». Nul ne peut imposer la fin de la science, nul ne peut clĂŽturer la recherche scientifique. Bachelard va plus loin et le fait remarquer en ces termes En science, toute vĂ©ritĂ© naĂźt autour d’une polĂ©mique, il n’y a pas de vĂ©ritĂ© premiĂšre, il n’y a que des erreurs premiĂšres ». Ceci amĂšne l’homme scientifique Ă  avoir un esprit d’humilitĂ© envers les autres, Ă  se remettre sans cesse en question, et c’est ce qui fait l’évolution et le progrĂšs des sciences comme le prĂ©cise encore Gaston Bachelard L’esprit scientifique doit se former en se rĂ©formant ; la vĂ©ritĂ© trouvĂ©e doit accepter d’ĂȘtre critiquĂ©e, d’ĂȘtre rĂ©ajustĂ©e. DĂ©couvrir en science c’est rajeunir spirituellement ». C’est dire que la vĂ©ritĂ© est scientifique si elle peut ĂȘtre remise en question. Si on n’a plus le droit de la remettre en question, cela devient un dogme et relĂšve des religions. On comprend alors pourquoi Karl Popper dĂ©clare une thĂ©orie n’est scientifique que si elle est rĂ©futable ». En plus, une vĂ©ritĂ© scientifique ne peut dĂ©pendre des diverses conditions. Une expĂ©rience refaite dans les conditions identiques, doit donner des rĂ©sultats identiques. La science dit rĂ©cuser tout dogmatisme et toute opinion. Pourtant, elle est elle-mĂȘme une croyance mĂ©taphysique en la vĂ©ritĂ©, et Nietzsche nous en dit long lĂ -dessus on dit avec juste raison que dans le domaine de la science, les convictions n’ont pas droit de citer 
 on voit par lĂ  que la science repose sur une croyance ; il n’est pas de science sans postulat ». – VĂ©ritĂ© mĂ©taphysique On entend par vĂ©ritĂ© mĂ©taphysique, l’existence rĂ©elle des choses conformes aux idĂ©es auxquelles nous avons attachĂ© des mots pour dĂ©signer ces choses ; ainsi connaĂźtre les choses dans le sens mĂ©taphysique c’est apercevoir les choses telles qu’elles sont en elles mĂȘmes, et en juger conformĂ©ment Ă  leur nature. Il s’agit lĂ  comme le prĂ©cise Spinoza, de l’accord d’une idĂ©e avec son objet la premiĂšre signification donc de Vrai et de Faux semble avoir tirĂ© son origine des rĂ©cits ; et l’on a dit vrai un rĂ©cit quand le fait racontĂ© Ă©tait rĂ©ellement arrivĂ© ; faux, quand le fait racontĂ© n’était arrivĂ© nulle part. Plus tard, les philosophes ont employĂ© le mot pour dĂ©signer l’accord d’une idĂ©e avec son objet ; ainsi, l’on appelle idĂ©e vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-mĂȘme ; fausse celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en rĂ©alitĂ© ». Spinoza, PensĂ©es mĂ©taphysiques. Une pensĂ©e vraie est celle de la conformitĂ© de l’idĂ©e Ă  la chose adequatio rei et intellectus » adĂ©quation de l’intelligence et du rĂ©el Ă©crit Saint Thomas. Cette formule a l’avantage de souligner l’écart qui sĂ©pare l’idĂ©e de la rĂ©alitĂ©, Ă©cart qui leur interdit de se fondre l’une dans l’autre. Ce n’est plus une identitĂ© qui est postulĂ©e Cf. Descartes et Malebranche, mais un accord, une correspondance, une adĂ©quation. Cette thĂšse qui a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de rĂ©aliste trouve son origine dans la pensĂ©e d’Aristote qui se sĂ©pare de la conception platonicienne. Aristote dĂ©finit la vĂ©ritĂ© comme la conformitĂ© de la proposition, de ce qui est dit, Ă  la rĂ©alitĂ©. La proposition est vraie si les faits dont elle rend compte sont tels qu’elle les dĂ©crit ; elle est fausse si les faits sont autrement qu’elle ne les dĂ©crit. Cette conception de la vĂ©ritĂ© a traversĂ©e toute l’histoire de la philosophie et l’on peut dire que c’est Kant le premier qui l’a profondĂ©ment contestĂ©e. Mais sans vouloir insister sur une telle remise en question, nous voudrions plutĂŽt montrer comment certains philosophes du 20e siĂšcle ont pu continuer Ă  dĂ©fendre cette position. C’est le cas de Russel pour qui toute proposition douĂ©e de sens doit, en droit sinon en fait, pouvoir ĂȘtre vĂ©rifiĂ©e ou infirmĂ©e, ĂȘtre dite vraie ou fausse. C’est la correspondance avec un Ă©tat de chose qui rend une proposition vraie. 2- Pragmatisme, sensualisme, scepticisme – Le pragmatisme Dans le pragmatisme tel que conçu par l’amĂ©ricain William James, la pensĂ©e est intimement liĂ©e Ă  l’action et la vĂ©ritĂ© doit se dĂ©finir par ses consĂ©quences pratiques. C’est donc dire avec William James que le vrai c’est ce qui rĂ©ussit et ce qui rĂ©ussit est pragmatique. La vĂ©ritĂ© se trouve donc assimilĂ©e Ă  ce qui est utile et bon Est vrai ce qui est avantageux
ce qui nous apporte la plus grande somme de satisfaction y compris celle du goĂ»t ». William J. Ce qui veut dire que c’est ce qui rĂ©pond Ă  nos prĂ©occupations qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme vrai. Et Saint Exupery de dire la vĂ©ritĂ© c’est ce qui consolide notre caractĂšre d’homme ». C’est-Ă -dire ce qui fait de nous un homme, ce qui nous permet de nous rĂ©aliser, ce qui satisfait nos besoins. – La perspective sensualiste le relativisme C’est un courant philosophique qui fonde la connaissance sur les sens. Dans ce cas, la connaissance est relative selon les sujets. C’est ce qui a permis Ă  Protagoras d’affirmer que l’homme est la mesure de toute chose ». C’est-Ă -dire que la vĂ©ritĂ© est relative puisque la sensation dĂ©pend non seulement de l’objet senti, mais aussi du sujet sentant. Ce qui veut dire Ă©galement que c’est l’homme qui est la mesure des vĂ©ritĂ©s et des valeurs. En consĂ©quence, la vĂ©ritĂ© est subjective, elle dĂ©pend de chaque sujet car nous ne percevons pas les choses de la mĂȘme maniĂšre. Cependant, si la vĂ©ritĂ© est relative, qu’est-ce qui rend compte de l’erreur ou du mensonge. En fait, il y a lieu de remarquer que le sensualisme comporte des lacunes parce qu’il donne l’impression que la vĂ©ritĂ© est subjective car dans le sensualisme c’est tout le monde qui se croit dans le vrai. – La perspective du scepticisme Le scepticisme est une doctrine qui nie la possibilitĂ© de parvenir Ă  connaĂźtre avec certitude la rĂ©alitĂ© telle qu’elle est en soi, car la perception est la seule source fiable de connaissance. C’est progressivement que le terme de scepticisme » en est venu Ă  signifier le doute sur ce qui est communĂ©ment tenu pour vrai Il n’y a pas de vĂ©ritĂ© du tout
s’il est une vĂ©ritĂ©, elle est inconnaissable, si elle est connaissable le discours est roi. Ce qui est vrai est ce que je parviens Ă  persuader comme vrai ». Gorgias Cf. aussi Pyrrhon. III- VÉRITÉ ET OBJECTIVITÉ 1- La rĂ©alitĂ© concrĂšte comme fondement de la vĂ©ritĂ© On dit habituellement qu’une proposition est vraie lorsque son Ă©noncĂ© est conforme Ă  la rĂ©alitĂ©, c’est-Ă -dire traduit les faits. Elle est fausse lorsqu’il y a clivage entre son Ă©noncĂ© et les faits, c’est-Ă -dire lorsqu’elle n’énonce pas la rĂ©alitĂ©. La vĂ©ritĂ© d’un discours rĂ©sulte de l’adĂ©quation de ce discours avec la rĂ©alitĂ© objective. 2- La vĂ©ritĂ© comme dĂ©passement de l’illusion et de l’apparence Selon Platon la vĂ©ritĂ© est la nĂ©gation systĂ©matique de l’apparence sensible ou de l’opinion. Le vrai est l’IdĂ©e, l’essence ou l’intelligible, c’est-Ă -dire ce qui est stable, simple, identique et non ce qui apparaĂźt et disparaĂźt parce que fugace, Ă©phĂ©mĂšre, volatil. Le vrai ne procĂšde dĂ©coule donc pas de la sensation ni de l’opinion mais rĂ©sulte d’une ascĂšse intellectuelle grĂące Ă  laquelle on s’élĂšve progressivement vers ce qui est, par la transcendance de ce qui apparaĂźt. Cf. Platon La RĂ©publique VII, ThéétĂšte. Il s’en suit que les enjeux de la vĂ©ritĂ© portent sur la possibilitĂ© mĂȘme de produire des Ă©noncĂ©s vrais et de se dĂ©barrasser des opinions, des erreurs, des apparences et des idĂ©ologies, autrement dit, sur la maniĂšre de faire avancer la connaissance et de faire reculer l’ignorance et l’illusion voire le mensonge. 3- VĂ©ritĂ© et erreur ; vĂ©ritĂ© et mensonge La dĂ©finition la plus simple de la vĂ©ritĂ© pourrait ĂȘtre la suivante ce que nous disons ou pensons est vrai quand ce que nous avons en vue existe vraiment tel que nous le disons ou le pensons. Ainsi, nous sommes dans le vrai quand ce que nous disons est une image fidĂšle de la rĂ©alitĂ©, et nous sommes dans l’erreur quand il n’y a rien dans la rĂ©alitĂ© qui corresponde Ă  nos idĂ©es. Le mensonge est un propos contraire Ă  la vĂ©ritĂ© dans le but de tromper. Celui qui prĂ©fĂšre mentir le fait parce qu’il tire profit de son mensonge. Le menteur est donc celui qui connaĂźt la vĂ©ritĂ© mais qui la cache pour prĂ©server ses intĂ©rĂȘts. L’impĂ©ratif catĂ©gorique d’Emmanuel Kant interdit en effet Ă  chacun de mentir, car ne pas dire Ă  autrui la vĂ©ritĂ©, c’est non seulement le tromper, mais aussi se servir de lui pour parvenir Ă  un but, et donc, le rĂ©duire Ă  un moyen. La question de Pilate Ă  JĂ©sus rĂ©sonne encore dans notre monde. Elle n’a certainement jamais perdu sa pertinence, et pourtant, Ă  l’époque oĂč nous vivons, le doute sur la vĂ©ritĂ© est encore plus prĂ©sent. Qu’est-ce que la vĂ©ritĂ©, comment l’atteindre ? Dans la question de Pilate, cela rĂ©sonne presque comme un renoncement Ă  la possibilitĂ© humaine de l’approcher. Et qu’est-ce que la vĂ©rité  Nous avons un profond dĂ©ficit de vĂ©ritĂ©. Le problĂšme du relativisme pointĂ© par BenoĂźt XVI s’est emparĂ© de la culture gĂ©nĂ©rale constater qu’aujourd’hui la question de la vĂ©ritĂ© n’est pas une affaire de ce qui est exact et de ce qui est faux, de ce qui est vrai ou de ce qui est un mensonge, mais que la question de la vĂ©ritĂ© aujourd’hui rĂ©side dans la prise de conscience gĂ©nĂ©ralisĂ©e que le concept mĂȘme de vĂ©ritĂ© n’existe pas. La vĂ©ritĂ© n’existe pas. Il n’y a que la perception subjective, que l’émotion individuelle. Seulement des rĂ©cits, des interprĂ©tations, des comprĂ©hensions qui aboutissent aux mĂȘmes faits. Chacun a sa propre vĂ©ritĂ©, chacun cherche sa propre vĂ©ritĂ©, chacun ressent sa propre vĂ©ritĂ©. Il n’y a pas de vĂ©ritĂ©, par consĂ©quent il n’y a pas de mensonge. Les fake news, la post-vĂ©ritĂ©, l’infoxication comme brouillard constant qui dĂ©figure la rĂ©alitĂ© par accumulation, ne sont que l’écho de la considĂ©ration qu’il n’y a ni vĂ©ritĂ© ni mensonge. L’auto-assistance sentimentale, l’émotivitĂ© de l’idĂ©ologie comme argumentaire, la paresse de la rationalitĂ©, le pluralisme Ă©galitaire comme tamis pour mesurer les opinions, sont autant d’instruments de cette nĂ©gation de l’existence mĂȘme de la vĂ©ritĂ©. Towers © Anne Gallot Comme image parfaite, nous avons la politique, et l’absence de toute honte ou de gĂȘne Ă  vouloir changer de critĂšres, Ă  maintenir des choses diffĂ©rentes et opposĂ©es. MĂȘme en affirmant le contraire de ce qui se passe, bref, en niant ce qui est rĂ©el. Et la clĂ© de la vĂ©ritĂ© dans ces dimensions nous conduit Ă  nier la rĂ©alitĂ© elle-mĂȘme. Biologiquement, mais sans doute aussi socialement. On nie les faits eux-mĂȘmes en les interprĂ©tant et en les racontant en fonction de ses propres intĂ©rĂȘts. La rĂ©alitĂ© est niĂ©e pour ĂȘtre transformĂ©e en une concatĂ©nation d’interprĂ©tations, de versions et de rĂ©cits qui dĂ©figurent l’existant afin de le prĂ©senter selon une vision intĂ©ressĂ©e, individuelle ou idĂ©ologique. Le rĂ©el n’existe pas car il n’y a aucun moyen de le saisir communĂ©ment. C’est l’atomisation et l’individualisme du libĂ©ralisme Ă©levĂ© au rang d’épistĂ©mologie. C’est Ockham, Descartes et Kant qui dĂ©passent la nature elle-mĂȘme, la rĂ©alitĂ© elle-mĂȘme, les faits eux-mĂȘmes. Rien n’est vrai et rien n’est un mensonge, tout dĂ©pend de la couleur du verre Ă  travers lequel une personne le regarde. Ou ce que chacun pense. Ou ce que chacun veut qu’il soit. Dans ces conditions, cela n’a aucun sens de lever l’épĂ©e pour avoir dit que l’herbe Ă©tait verte. Il n’y a pas d’hommes et de femmes mais plutĂŽt des choses plurielles racontĂ©es Ă  partir d’une Ă©motivitĂ© subjective, personnelle et changeante. Il n’y a pas de faits, seulement des mots qui les racontent et les interprĂštent. Seuls les sentiments traduisent ce que l’on pense savoir et deviennent le critĂšre de jugement de tout. Affirmer cela suppose aussi que celui qui vit, saisit et comprend Ă©motionnellement ne sait pas distinguer – lorsqu’on affirme que la vĂ©ritĂ© existe et qu’elle peut ne pas ĂȘtre ce que l’on pense ou ressent – que l’on ne va pas contre lui-mĂȘme personnellement. Les personnes vexĂ©es, les accusations de totalitarisme et d’extrĂ©misme. Pour avoir dit que l’herbe Ă©tait verte ou que les hommes et les femmes existaient, ou qu’une sculpture invisible est une fraude. Et pourtant, tout a besoin de nuances. AprĂšs l’analyse apocalyptique, l’antithĂšse du bon sens. C’est-Ă -dire, la soif face
 au contraire. Avec la vĂ©ritĂ©, nous rencontrons la difficultĂ© qu’elle n’est pas lĂ  dĂ©posĂ©e dans une urne sacrĂ©e et brute, rĂ©pondant objectivement Ă  toute rĂ©alitĂ©. Il existe des perceptions diverses, des rĂ©alitĂ©s imposĂ©es, une fragmentation des connaissances ou des informations qui nous rendent incapables de saisir la vĂ©ritĂ© telle qu’elle est exprimĂ©e en elle-mĂȘme et pleinement dĂ©veloppĂ©e. Le monde est devenu plus complexe et il n’est pas possible pour un Isidore, un Albert ou un Thomas d’avoir une vision complĂšte de la rĂ©alitĂ©. Il est nĂ©cessaire d’interprĂ©ter et de comprendre. Il faut aussi tenir compte des circonstances et des conditions du monde et, bien que l’on ne soit pas un grand croyant de l’idĂ©e du progrĂšs comme moteur de changement anthropologique – l’ĂȘtre humain est ce qu’il est, toujours – on comprend que l’histoire conditionne, et que le contexte de l’homme l’adapte. Douces VĂ©ritĂ©s Aujourd’hui, pour aborder l’idĂ©e de vĂ©ritĂ©, nous ne pouvons pas perdre de vue que la spĂ©cialisation qui nous domine exige l’interdisciplinaritĂ© ; que la subjectivitĂ© est une condition humaine pour saisir ce qui nous entoure ; que le relativisme du selon et du comment, des degrĂ©s et des consĂ©quences, n’est pas toujours faux et a souvent beaucoup Ă  dire ; que les mots sont des moyens d’accĂ©der Ă  la rĂ©alitĂ©, mais aussi des barriĂšres impossibles Ă  franchir parce que, dans une certaine mesure, ils nous sĂ©parent de ce qui est tel qu’il est », mĂȘme si nous n’avons d’autre choix que d’y recourir. Et pourtant, renoncer Ă  l’idĂ©e de vĂ©ritĂ©, c’est renoncer Ă  la possibilitĂ© de se comprendre en tant qu’ĂȘtres humains. Si nous devions accepter qu’il existe autant de vĂ©ritĂ©s que de personnes dans leurs subjectivitĂ©s Ă©motionnelles, la coexistence serait impossible. Il n’y aurait pas de rĂ©alitĂ© commune Ă  partager, nous finirions dans la polarisation et la confrontation sur tous les sujets, Ă©tant donnĂ© que tout serait lu, interprĂ©tĂ©, compris Ă  partir de son propre point de vue. C’est presque lĂ  oĂč nous mĂšne le progressisme d’aujourd’hui. Habermas vise Ă  surmonter ce problĂšme Ă©vident en revenant Ă  l’idĂ©e du contrat social moderne avec la thĂ©orie du dialogue pur fondĂ© sur le respect et la reconnaissance de la dignitĂ© et de la bonne volontĂ© de l’autre, oĂč nous nous accorderions sur quelques » vĂ©ritĂ©s douces » qui nous permettraient de vivre en sociĂ©tĂ© en acceptant de vivre ensemble. Le problĂšme de ces approches est double. L’une de nature thĂ©orique – les conditions idĂ©ales sont impossibles Ă  remplir, et il y a toujours quelqu’un d’assez malin pour les contourner afin de gagner la discussion en utilisant la bonne volontĂ© de l’autre – et l’autre de nature pratique on renonce Ă  la rĂ©alitĂ©, c’est-Ă -dire qu’on construit la coexistence, mais en marge de la rĂ©alitĂ©. La rĂ©alitĂ© existe. Peu importe Ă  quel point l’ingĂ©nierie sociale essaie de s’y opposer, elle existe. Les choses existent. Et elles sont comme elles sont, pas comme nous voudrions qu’elles soient. L’herbe est verte, il y a le jour et la nuit, les hommes et les femmes. Il y a la fĂ©minitĂ© et la masculinitĂ©. Il existe une loi naturelle, un ordre donnĂ©. La condition humaine est ce qu’elle est, et malgrĂ© le transhumanisme, la psychologie, la publicitĂ© et les neurosciences, les ĂȘtres humains sont ce qu’ils sont. Et ce n’est en aucun cas un manque de respect ou de dignitĂ© pour ceux qui disent le contraire. Le point du jour © Anne Gallot Et n’oubliez pas que la crise de la vĂ©ritĂ© n’est pas exclusivement culturelle. Ou plus exactement, elle est culturelle parce qu’elle est d’abord une crise personnelle. Le social est toujours une construction et un tout du personnel – mĂȘme si le tout est plus que le rassemblement de ses parties. La vĂ©ritĂ© avec soi-mĂȘme, avec sa propre identitĂ©, avec sa propre image est la premiĂšre crise de vĂ©ritĂ©. Les dĂ©ceptions liĂ©es Ă  l’émotivisme, au psychologisme et au manque de rationalitĂ© partent toujours du fait que l’homme d’aujourd’hui semble incapable de s’accepter tel qu’il est. Avec ses limites, ses faiblesses et ses dĂ©ficiences. Aussi avec ses potentiels et ses richesses. Incapable – dans un Ă©cho rĂ©volutionnaire et moderne – d’accepter la culture reçue, ce qui a Ă©tĂ© hĂ©ritĂ©, avec tous les besoins de changement que cela comporte, qui ne sont pas peu nombreux. Ce n’est pas accepter cet homme dĂ©jĂ  postmoderne ou transmoderne, incapable de se faire tel qu’il voudrait ĂȘtre idĂ©alement – sous les messages marketing de ce qu’est rĂ©ellement cet idĂ©al pour le marchĂ© et la consommation
 Il y a dans tout cela un Ă©cho biblique qui nous conduit Ă  l’idolĂątrie de l’égoĂŻsme, Ă  l’idolĂątrie d’un moi qui n’accepte pas l’idĂ©e d’ĂȘtre une crĂ©ature, de ne pas ĂȘtre maĂźtre de soi. Comme l’a dit Donoso CortĂ©s, nous ne pouvons pas perdre de vue qu’au cƓur de tout dĂ©bat social se trouve une question thĂ©ologique. Et avec la question de la vĂ©ritĂ© plus que toute autre. Article publiĂ© par Vicente Niño le 27 juin 2021 sur El Debate de Hoy Traduit de l’espagnol par CM Un article rĂ©cemment publiĂ© par The Conversation France montre comment la propagande russe se dĂ©ploie sous le masque d’une critique post-moderne, qui redĂ©finit systĂ©matiquement des notions comme vĂ©ritĂ© », libertĂ© » ou dĂ©mocratie »  Le mieux Ă  faire pour rĂ©sister, de sa petite place, et avec les seules armes de l’esprit, n’est-il pas alors de mettre en Ă©vidence l’inanitĂ© d’un tel travail de dĂ©stabilisation conceptuelle, dont l’objectif est de nous plonger dans la confusion, Ă  la lumiĂšre de ce que la pensĂ©e philosophique a pu proposer, Ă  cet Ă©gard, de plus ferme, et de plus clair ? Nous nous bornerons ici Ă  Ă©voquer ce que nous a appris Spinoza. De la vĂ©ritĂ© Commençons par l’examen du concept de vĂ©ritĂ©. Car, si ce concept est mystificateur, il sera impossible de dire en vĂ©ritĂ© ce qu’est la libertĂ©, comme de prĂ©tendre dĂ©finir la vraie » dĂ©mocratie. On ne pourra que subir le discours de celui qui parle le plus fort. Si, et quand, c’est Ă  chacun son discours », celui qui dĂ©tient l’arme nuclĂ©aire et en menace les autres tient sans contestation possible le discours le plus vrai » ! Mais peut-on tenir pour seule vĂ©ritĂ© le principe Ă  chacun sa vĂ©ritĂ© », qui plonge dans un relativisme destructeur de toute consistance conceptuelle, et rend impossible une distinction claire entre le vrai et le faux ? Pour Spinoza, plutĂŽt que de vĂ©ritĂ©, il est prĂ©fĂ©rable de parler d’idĂ©es vraies ». Car l’idĂ©e, concept que l’esprit forme parce qu’il est un ĂȘtre pensant » Ethique, II, dĂ©f. 3, peut ĂȘtre ou bien fausse, inadĂ©quate ou confuse », ou bien vraie », adĂ©quate et claire. La faussetĂ© consiste en une privation de connaissance » E. II, P. 35. La vĂ©ritĂ©, dans la connaissance adĂ©quate de la chose », que permet cette idĂ©e Avoir une idĂ©e vraie, c’est connaĂźtre une chose parfaitement, ou le mieux possible ». La vĂ©ritĂ© est alors norme de soi-mĂȘme et du faux, car qui a une idĂ©e vraie sait en mĂȘme temps qu’il a une idĂ©e vraie, et ne peut douter de la vĂ©ritĂ© de la chose ». P. 43 L’idĂ©e, et l’essentiel est lĂ , n’est pas autre chose que l’acte mĂȘme de comprendre ». Tout ce Ă  quoi nous nous efforçons par raison est de comprendre » IV, P. 26. La vertu absolue de l’esprit, c’est donc comprendre » P. 28. La puissance de l’esprit » s’exprime dans l’acte de s’efforcer de comprendre » E, V, P. 10. L’idĂ©e vraie est le rĂ©sultat de l’effort fait pour comprendre. Est mauvais tout ce qui peut empĂȘcher de comprendre. Ainsi il n’y a pas de vĂ©ritĂ© en dehors de celui qui pense. La vĂ©ritĂ© n’est pas une rĂ©alitĂ© extĂ©rieure aux individus, que l’on pourrait trouver dans un texte, plus ou moins sacrĂ©. Elle rĂ©side dans l’acte mĂȘme de comprendre, Ă  quoi s’efforce tout sujet raisonnable. Elle se donne Ă  celui qui fait l’effort de comprendre. Il faut parler de connaissance vraie, plutĂŽt que de vĂ©ritĂ©. On peut alors gager que Poutine sait trĂšs bien qu’il s’est rendu coupable d’une invasion, qu’il fait la guerre, et qu’il massacre des innocents. S’il ne le sait pas, c’est qu’il refuse de faire cet indispensable effort de comprendre au bout duquel, seul, il y a production d’une idĂ©e vraie. Tout ĂȘtre humain faisant cet effort comprendra avec la plus parfaite clartĂ© qu’aussi sĂ»r qu’un chat est un chat, une guerre est une guerre, et Poutine un assassin. De la libertĂ© On pourrait s’en tenir Ă  une dĂ©finition donnĂ©e dĂšs les premiĂšres lignes de l’Ethique On dit qu’une chose est libre si elle existe par la seule nĂ©cessitĂ© de sa nature et est dĂ©terminĂ©e par soi seule Ă  agir ; on dit qu’elle est contrainte si elle est dĂ©terminĂ©e par une autre chose Ă  exister et Ă  agir. » La cause est d’emblĂ©e entendue. C’est Ă  l’évidence pour sauvegarder leur libertĂ© que luttent les Ukrainiens, dont le lĂ©gitime combat ne peut qu’ĂȘtre approuvĂ© et soutenu par tout ĂȘtre raisonnable. Mais il n’est peut-ĂȘtre pas inutile d’ajouter que l’ homme libre » est celui qui vit sous le seul commandement de la raison », et qui dĂ©sire directement ce qui est bon » de ce point de vue agir, vivre, conserver son ĂȘtre d’aprĂšs le principe qu’il faut chercher ce qui est utile Ă  chacun » E. IV, P. 67. Spinoza ajoute trois considĂ©rations. PremiĂšrement, Un dĂ©sir qui naĂźt de la raison nous mĂšne directement au bien
 aussi tendons-nous directement au bien sous la conduite de la raison, et c’est seulement dans cette mesure que nous fuyons le mal » IV, P. 63. Il n’est donc pas difficile de distinguer le bien du mal ! Par ailleurs, L’homme libre ne pense jamais Ă  la mort ; sa sagesse n’est pas une mĂ©ditation de la mort, mais de la vie » E. IV, P. 67. Ce qui donne une idĂ©e du degrĂ© de servitude auquel sont parvenus ceux qui se sont crus autorisĂ©s Ă  dĂ©truire la libertĂ© des autres, et qui se sont donnĂ© la mort pour seul horizon
 En ce sens, ils sont au moins autant Ă  plaindre, qu’à condamner ! Read more Pour mieux saisir la post-vĂ©ritĂ©, relire Hannah Arendt Enfin, celui qui nait libre, et qui le reste, n’a que des idĂ©es adĂ©quates ». La libertĂ© est en quelque sorte une condition de l’accĂšs Ă  la vĂ©ritĂ© par l’exercice de l’acte mĂȘme de comprendre ». On pourrait alors ajouter que le sommet de la libertĂ© est la libertĂ© de l’esprit, ou bĂ©atitude » E. V, PrĂ©face, puisqu’il n’y a d’autre puissance de l’esprit que celle de penser et de former des idĂ©es adĂ©quates » E, V, P. 4. Cela soulĂšve la question de la dĂ©mocratie. De la dĂ©mocratie L’État poutinien serait-il un nouveau modĂšle de rĂ©gime dĂ©mocratique ? Mais qu’est-ce qu’un État dĂ©mocratique ? On peut retenir trois enseignements des analyses que le TraitĂ© ThĂ©ologico-Politique propose sur le fondement » et la fin de la DĂ©mocratie ». Tout d’abord, la DĂ©mocratie se dĂ©finit comme l’union des hommes en un tout qui a un droit souverain collectif sur tout ce qui est en son pouvoir ». Son fondement est un pacte tacite ou exprĂšs », permettant de rĂ©frĂ©ner l’AppĂ©tit, en tant qu’il pousse Ă  causer du dommage Ă  autrui, de ne faire Ă  personne ce qu’ils ne voudraient pas qui leur fĂ»t fait, et enfin de maintenir le droit d’autrui comme le sien propre ». Par ce pacte L’individu transfĂšre Ă  la sociĂ©tĂ© toute la puissance qui lui appartient, de façon qu’elle soit seule Ă  avoir sur toute choses un droit souverain de Nature, c’est-Ă -dire une souverainetĂ© de commandement Ă  laquelle chacun sera tenu d’obĂ©ir. » Dans un État dĂ©mocratique, une obĂ©issance absolue au souverain est exigĂ©e nous sommes tenus d’exĂ©cuter absolument tout ce qu’enjoint le souverain » chapitre XVI. Mais alors, ne pourrait-on parler d’une dictature du souverain, qui serait par essence liberticide ? Non, car il faut bien voir que chapitre XX La fin de l’État est en rĂ©alitĂ© la libertĂ© ». Le pacte social a pour fin de permettre de vivre dans la concorde et dans la paix » Sa fin derniĂšre n’est pas la domination ; ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne Ă  un autre que l’État est instituĂ© ; au contraire c’est pour libĂ©rer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sĂ©curitĂ©, c’est-Ă -dire conserve, aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. » Si bien que ce qui est exigĂ© par l’État dĂ©mocratique est que l’individu renonce Ă  son droit d’agir selon le seul dĂ©cret de sa pensĂ©e, et nullement Ă  son droit de penser librement C’est donc seulement au droit d’agir par son propre dĂ©cret qu’il a renoncĂ©, non au droit de raisonner et de juger. » Et encore Tous conviennent d’agir par un commun dĂ©cret, mais non de juger et de raisonner en commun. » Dans un État libre, enfin, il est loisible Ă  chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense ». La majestĂ© souveraine ne peut s’exercer ni sur le vrai et le faux, ni sur les convictions religieuses. L’État poutinien prĂ©serve-t-il la libertĂ© de penser ? La question pourrait prĂȘter Ă  sourire, si la rĂ©ponse n’était pas aussi tragique, en termes d’arrestations, d’emprisonnements, d’empoisonnements, et de meurtres ! Ainsi Spinoza nous a-t-il appris que l’Homme est capable de produire des idĂ©es vraies, la vĂ©ritĂ© » Ă©tant norme de soi-mĂȘme et du faux » E, II, P. 43 ; qu’est libre celui qui vit sous le seul commandement de la raison ; et que l’État dĂ©mocratique a pour caractĂšre premier de sauvegarder la libertĂ© de penser. Ce qui permet, d’une part, de dĂ©voiler le caractĂšre fallacieux de la pensĂ©e » poutinienne, dans sa prĂ©tention Ă  dĂ©construire les concepts occidentaux » de vĂ©ritĂ©, de libertĂ©, et de dĂ©mocratie. Et, d’autre part, de condamner avec la plus grande sĂ©vĂ©ritĂ© une effroyable et insensĂ©e entreprise d’invasion destructrice du pays voisin, entreprise aussi liberticide que cruelle. Pour le dire en un mot inhumaine.

douter est ce renoncer à la vérité